22 novembre 2008
Lima (Peru)
LE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI
Merci beaucoup. Merci, Jaime, pour cette aimable présentation. Monsieur le Président Garcia, distingués invités, Mesdames et Messieurs.
D’abord, merci de m’inviter à prendre la parole au Sommet 2008 des dirigeants de l’APEC, ici à Lima. C’est la deuxième fois que j’ai le privilège de prendre la parole à cette importante rencontre, et je remercie l’APEC de m’en donner l’occasion.
J’aimerais aussi remercier le président Garcia et tous les Péruviens et Péruviennes pour leur accueil chaleureux, ici à Lima, dans le cadre de cette réunion des dirigeants économiques de l’APEC. Je dis ceci en français parce que, pour le président Garcia et moi, la langue fondatrice du Canada est notre langue seconde, et donc la langue qu’on utilise lorsqu’on communique ensemble.
Finalement, je tiens à remercier et à reconnaître certains jeunes Canadiens qui sont avec nous aujourd’hui – les délégués de l’Équipe Canada Junior. Les jeunes comme eux sont la prochaine génération de nos leaders. Peut-être plus que n’importe lequel d’entre nous, ils ont un intérêt particulier à trouver des solutions aux défis auxquels le monde est confronté aujourd’hui, des solutions durables.
Le Sommet des dirigeants de l’APEC rassemble nombre des éléments les meilleurs et les plus brillants des deux côtés de ce vaste océan. C’est une occasion de partager nos points de vue et d’échanger des idées, qui n’aurait pu avoir lieu à un moment plus opportun. Comme le savent toutes les personnes ici présentes, la crise financière est devenue une crise économique, et le monde entre dans une période économique potentiellement plus dangereuse que tout ce que nous avons connu depuis 1929. Votre expertise et vos efforts seront critiques alors que nos pays respectifs tentent d’atténuer les effets de cette crise.
Il y a une semaine, j’étais à Washington, où les leaders du G20 ont discuté de la situation. Nous aurons des discussions similaires ce week-end à l’APEC. À ces discussions, nous allons présenter les principes soutenant l’approche du Canada quant à sa politique économique, sa politique financière, sa politique monétaire, sa politique fiscale et sa politique commerciale – une approche que j’appelle « Fondements solides et Portes ouvertes ».
Plus précisément, le Canada a un système financier solide et stable – en fait, le Forum économique mondial dit que c’est le plus solide du monde. Nos banques sont concurrentielles, mais aussi régies par une réglementation nationale raisonnable et efficace, avec une exposition minimale aux actifs toxiques. Le Canada a depuis longtemps une inflation faible et stable, qui reste généralement dans l’ordre d’un à trois pour cent.
De plus, le Canada est dans une solide position budgétaire. Le budget fédéral affiche un surplus, tout comme les budgets de la plupart des gouvernements du pays. Le fardeau de la dette du Canada est le plus faible du G7. Et, bien entendu, le Canada est l’une des économies du monde les plus dépendantes du commerce et des marchés, tout en offrant des services sociaux et une assurance sociale de qualité, notamment un régime de retraite public solide sur le plan actuariel.
Bien sûr, notre situation n’est pas parfaite, et comme notre voisin immédiat et principal partenaire commercial est l’épicentre du séisme financier et du ralentissement économique mondial, l’urgence d’agir est particulièrement pressante. Nous avons pris des mesures drastiques en matière de politique financière, monétaire et fiscale, et ce n’est pas fini.
Au même moment, nous devons nous assurer que ces mesures, qui sont essentielles à court terme, ne minent pas les solides fondements d’une croissance économique à long terme.
Sur le plan financier, nous nous sommes empressés de réformer la réglementation comme le proposait le Forum sur la stabilité financière, et nous allons faire de même avec le plan de travail accompagnant la Déclaration du G20. Notre but est d’améliorer la réglementation, pas forcément de l’intensifier. En fait, nous pressons nos provinces de collaborer avec nous afin de créer un organisme de réglementation commun dans le domaine des valeurs mobilières.
De plus, nous avons dû prendre des mesures sans précédent pour maintenir le flux du crédit dans notre système financier. Aussi, nous avons acheté des hypothèques assurées par le gouvernement et offert des garanties aux prêts interbancaires.
Il importe de noter qu’il s’agit là d’opérations commerciales dans le secteur financier, pas de subventions gouvernementales ou d’une participation aux capitaux. Permettez-moi de dire une chose : même si de telles mesures peuvent être nécessaires dans certains pays, il devrait y avoir un plan pour réduire ce type de participation directe par le gouvernement à l’activité bancaire à plus longue échéance. La solution est une meilleure réglementation gouvernementale des institutions financières, et non pas des institutions financières régies par le gouvernement.
Quant à la politique monétaire, notre Banque centrale a agi, parfois de concert avec d’autres pays du monde, pour réduire les taux d’intérêt, injecter des liquidités et soutenir une politique monétaire expansionniste. En fait, cette dernière année, nous avons adopté une législation afin de faciliter certaines de ces interventions par la Banque du Canada.
Parallèlement, nous pensons que la politique monétaire doit maintenir les objectifs inflationnistes. Nous devons éviter une déflation aujourd’hui, tout comme nous devons assurer qu’il n’y aura pas une rapide escalade des taux d’inflation à la reprise de l’économie mondiale.
Nous croyons également à un taux de change flexible. C’est parfois douloureux, mais cela permet à nos secteurs économiques de s’ajuster et d’éviter des déséquilibres permanents dans l’économie nationale. Comme certains des problèmes économiques mondiaux d’aujourd’hui ont commencé par d’importants déséquilibres mondiaux, il faut des taux de change plus flexibles, partout dans le monde, à plus long terme.
Quant à la politique fiscale, nous avons agi rapidement et à grande échelle. Il y a un an, voyant des nuages s’accumuler à l’horizon économique mondial, nous avons pris des mesures de relance budgétaire majeures en offrant des réductions fiscales à long terme – représentant près d’un et demi pour cent du PIB – pour les particuliers, les familles et les sociétés.
Ces mesures anticipées ont porté fruits. Le Canada a maintenu des taux de revenu et de croissance de l’emploi relativement élevés pendant la première année de la crise. Contrairement à la plupart des pays, nous avons pu prendre ces mesures de relance tout en maintenant un surplus budgétaire.
Cependant, nous avons reconnu au Sommet du G20 la semaine dernière que des mesures de relance additionnelles pourraient être nécessaires pour soutenir la demande mondiale si la politique monétaire ne suffit pas. Ce sont là bien entendu les circonstances classiques où des déficits budgétaires sont essentiels. Je dis cela avec une certaine hésitation. Le Canada a eu une mauvaise expérience avec les déficits. Nous avons déjà été dans une très mauvaise position de déficit structurel à long terme. Au palier fédéral, 27 déficits consécutifs menaçaient la stabilité même de notre économie. Nous avons travaillé fort et sans relâche pour nous en sortir et faire comprendre à la population pourquoi cette situation était mauvaise.
Moi-même, j’ai entrepris ma carrière politique au sein d’un tout nouveau parti politique, notamment pour défendre la nécessité de remédier à ce déficit structurel. Aussi, peu importent les mesures de relance à court terme ou les déficits actifs choisis par notre gouvernement, nous allons assurer que le Canada n’accusera plus de déficits budgétaires structurels à long terme. Malheureusement, certains pays industrialisés sont déjà dans cette situation.
Finalement, nous devons continuer à nous engager envers un régime commercial ouvert et plus libre, et faire preuve de vigilance face à la hausse du protectionnisme. Quand il s’agit du soutien du Canada à des économies et des marchés libres et ouverts, notre opinion repose sur le succès de nos partenariats économiques nord-américains. Nous avons fait de nos relations étroites et confiantes avec les États-Unis le partenariat commercial le plus efficace du monde.
Ensuite, avec l’Accord de libre-échange nord-américain, nous avons élargi ces relations pour inclure le Mexique. Le succès de l’ALENA dépasse toutes les attentes ; ensemble, nos trois économies prospèrent comme elles n’auraient jamais pu le faire seules. Ces quinze dernières années, les échanges commerciaux en Amérique du Nord ont triplé, s’élevant à près de mille milliards de dollars, et près de 40 millions d’emplois ont été créés.
Le Canada veut établir des relations économiques mutuellement bénéfiques avec d’autres pays du monde animés de la même volonté. Comme vous le savez, nous avons signé cette année un Accord de libre-échange avec ce pays, le Pérou. Et hier, nous avons annoncé une autre étape importante par la conclusion d’un Accord de libre-échange avec la Colombie, et par la signature d’un accord sur la double taxation.
Nous ne devons pas oublier, peu importent les difficultés actuelles, que la prospérité créée dans le monde à la fin du 20e siècle et au début du 21e est sans précédent dans l’histoire. L’abolition des barrières protectionnistes et la réduction des restrictions commerciales nous ont aidés à entrer dans cette ère extraordinaire. En cette période d’instabilité économique, nous ne pouvons pas retourner en arrière. C’est le moment d’ouvrir des portes, pas d’ériger des murs.
Plus jeune, j’ai fait des études pour devenir professeur d’économie. Mes domaines d’intérêt étaient la théorie macroéconomique, l’économie politique et l’histoire économique. Alors que nous entrons dans une période jamais vue par la plupart des gens encore vivants aujourd’hui, nous devons aussi être de bons étudiants de l’histoire – et pas seulement de l’histoire récente.
Comme certains craignent une dépression mondiale, rappelons-nous ce qui a causé la Grande Dépression. Elle n’a pas été causée par un effondrement des marchés boursiers. Cela a été seulement que l’élément déclencheur. Les décideurs politiques ont alors pris quatre séries de mesures qui ont marqué cette terrible décennie. Ils ont permis une rapide contraction du système bancaire. En conséquence, ils ont permis une déflation généralisée. Ils ont entrepris d’équilibrer les livres à tout prix – augmentant les taxes et les impôts et limitant l’activité économique publique en une période où la relance financière était absolument essentielle. Et, finalement, ils ont érigé des barrières protectionnistes dans une tentative imprévoyante de protéger les emplois. Ce sont des erreurs que le gouvernement du Canada ne commettra pas.
Certaines de ces mesures – permettre l’effondrement d’institutions mal gérées, faire chuter l’inflation, équilibrer le budget – auraient été de bonnes politiques à une époque différente. Mais pas bâtir des murs. Pas fermer des portes. Ces décisions ne sont jamais bonnes.
Et en une période où certains s’interrogent sur la sagesse du système économique qui prévaut – l’économie de marché mondiale plus ouverte et axée sur les échanges commerciaux – peut-être que le succès de l’approche canadienne peut informer le monde.
Le Canada, ce sont des gens qui sont venus de toutes les parties du monde pour se rassembler dans un lieu magnifique, mais rigoureux, afin de créer l’une des sociétés les plus pluralistes, les plus pacifistes et les plus prospères que nous ayons connues. Tout comme nous nous réengageons continuellement envers la coopération et l’ouverture dans notre vie nationale, nous pensons que la crise colossale qui frappe le monde aujourd’hui est une occasion de nous réengager envers les principes de la coopération et de l’ouverture au sein de l’économie internationale.
Ces principes sont les fondements mêmes des progrès réalisés par le monde jusqu’à présent. Nous pensons qu’ils sont la clé pour calmer la tempête aujourd’hui et en ressortir plus forts que jamais demain.
Merci beaucoup.
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