20 avril 2009
Jamaïque
**Le discours prononcé fait foi.**
Merci beaucoup de cet accueil chaleureux. Et merci, Monsieur le Premier ministre, de m’inviter en Jamaïque et de me donner la parole devant la Chambre. C’est vraiment un grand privilège.
C’est un privilège de pouvoir venir ici, de voir la beauté naturelle de la Jamaïque et de sentir l’esprit dynamique – la joie de vivre comme nous disons au Canada – du peuple jamaïcain. J’ai aussi le privilège d’être le Premier ministre canadien à prendre la parole devant une séance conjointe du Parlement jamaïcain. C’est un jalon de la riche histoire des relations canado-jamaïcaines.
C’est une expérience commune qui a forgé notre amitié :
- des institutions démocratiques et un système juridique communs hérités de la Grande-Bretagne,
- une relation commerciale établie dès les premiers jours de la colonisation,
- la voie pacifique qui a mené nos deux pays à l’indépendance,
- notre partenariat dans le Commonwealth des nations,
- et l’engagement que nous partageons envers la diversité et le pluralisme,
- qu’exprime si éloquemment votre slogan national « un seul peuple issu d’un grand nombre. »
Et nos deux peuples se rapprochent chaque année davantage. Des dizaines de milliers de Canadiens brisent le long hiver en venant chercher la chaleur et l’hospitalité jamaïcaines, et quelque 300 000 personnes d’origine jamaïcaine sont désormais chez elles au Canada.
Elles ont enrichi notre pays d’innombrables façons. Fameuses dans le monde entier, vos traditions musicales et culinaires font maintenant parti du tissu social canadien et elles sont célébrées chaque année dans les festivals antillais de nos grandes villes.
Des athlètes canadiens internationaux d’origine jamaïcaine comme le médaillé d’or olympique Donovan Bailey ont apporté honneur à notre pays. De prospères entrepreneurs jamaïcains-canadiens comme Raymond Chang et Michael Lee-Chin ont fait d’énormes contributions au Canada, tant les sur plans économiques que philanthropiques. Un Canadien d’origine jamaïcaine, Lincoln Alexander, a eu une belle carrière politique en se hissant au poste de lieutenant gouverneur de l’Ontario.
Si les contributions culturelles d’auteurs et d’artistes jamaïcains-canadiens sont trop nombreuses pour être toutes citées, je m’en voudrais de ne pas rendre hommage à l’honorable Louise Bennett Coverley – Mademoiselle Lou – si chère à nos deux pays pour sa vivacité d’esprit et la sagesse de sa poésie.
Des deux côtés, il y a eu, bien sûr des influences interculturelles; votre plat national ackee et poisson salé ressemble à la morue salée de Terre-Neuve, que nous échangeons depuis les années 1700 contre le rhum de la Jamaïque.
Nous pensons aussi pouvoir tirer quelque crédit de la réussite de votre équipe nationale de bobsleigh, qui a fameusement débuté aux Jeux olympiques d’hiver de 1988 dans ma ville natale de Calgary. Son histoire a montré au monde que les Jamaïcains ont la trempe qu’il faut pour exceller dans tout ce qu’ils entreprennent, y compris dévaler à 100 km heure une pente glacée dans un immense tube!
En raison de ces liens culturels, sociaux et économiques, la distance qui nous sépare se raccourcit. Ils sont le fondement solide des actions communes que nous pouvons mener à l’avenir, le fondement à partir duquel nous pouvons nous atteler aux défis et saisir les occasions qui se présentent.
Et franchement, cette nécessité ne saurait être plus urgente.
Comme nous le savons tous, le monde fait aujourd’hui face à sa plus grande crise économique depuis l’après-guerre. Ni le Canada, ni la Jamaïque, ni en fait aucun des pays de la CARICOM n’ont été la cause de la récession mondiale. Néanmoins, toutes les régions du monde connaissent, pour la première fois simultanément, un abrupt ralentissement de l’activité économique.
En tant que représentants élus, nous avons l’obligation de faire notre possible pour protéger nos citoyens des conséquences de la récession. Au sommet du G20 tenu à Londres il y a trois semaines, les leaders des nations représentant 80 % de l’économie mondiale se sont entendus sur ce qu’il faut faire pour surmonter la crise et faire en sorte qu’une telle situation ne se reproduise plus.
Nous avons convenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour stimuler l’économie mondiale, améliorer le flux des échanges et des investissements, renforcer la réglementation des marchés financiers et éviter les dangers du protectionnisme.
Avant de se rendre au sommet de Londres et même, avant cela, à celui de Washington, le Premier ministre Golding m’a bien fait valoir l’importance de parler au nom de la Jamaïque, des Antilles et des autres pays non représentés, dont certains ont les économies les plus vulnérables du monde.
Votre premier ministre a souligné que des pays comme la Jamaïque avaient de plus en plus de difficultés à avoir accès aux capitaux et que les institutions multilatérales de prêts avaient atteint leurs capacités. Et à Londres, j’ai rappelé aux autres leaders que les mesures que nous prenons doivent tenir compte des besoins de toutes les nations.
Nous devons nous assurer qu’aucun pays ne soit laissé seul dans la lutte contre la récession. Je crois que l’auditoire a compris cette réalité. Et je me félicite que l’on se soit entendu pour offrir des ressources supplémentaires, soit plus d’un billion de dollars aux institutions financières internationales, y compris le Fonds monétaire et les banques de développement multilatérales.
Le week-end dernier, le Premier ministre Golding et moi-même avons assisté au Sommet des Amériques. J’y ai annoncé une autre mesure prise par le Canada : le doublement des souscriptions de capital appelable à la Banque interaméricaine de développement. Cette mesure aura pour effet d’accroître de quatre milliards de dollars les capacités de prêt de la banque.
Toutes ces mesures devraient se traduire, pour tous les pays en développement, y compris dans cet hémisphère, par un accès plus facile aux capitaux dont ils ont besoin pour soutenir et stimuler l’activité économique. Je vous rappelle en outre que ce niveau d’effort et de coordination internationale est sans précédent, de même que l’engagement qui a été pris de mettre sans tarder ces mesures en œuvre. Selon les premières indications dont nous disposons, les marchés internationaux sont rassurés par cette extraordinaire manifestation d’unité et de détermination à l’échelle mondiale.
Nous sommes loin d’être sortis du bois, mais nous avons stimulé l’offre de capitaux et la confiance mondiales, deux ingrédients essentiels de la reprise économique.
Pour parler de chez nous, je peux vous dire que le Canada est bien positionné pour la reprise. Nous avons gardé de solides bilans financiers et des faibles taux d’endettement. Et, au milieu de la crise bancaire mondiale, nous avons selon, entre autres, le forum économique mondial, le système bancaire le plus solide du monde.
Cela ne surprendra évidemment pas les Jamaïcains. Cela fait longtemps que vous faites affaire avec les banques canadiennes. En fait, la Banque de Nouvelle-Écosse a été la première à ouvrir une succursale en Jamaïque en 1889, presque dix ans avant d’en ouvrir une à Toronto!
Mais, me dira-t-on, si le Canada n’a pas causé la récession et qu’il est en relativement bonne forme en prévision de la reprise, pourquoi ne se contente-t-il pas d’attendre que la tempête passe? Pourquoi ne ferme-t-il pas ses frontières, ne se retire-t-il pas derrière ses murailles enneigées pour s’occuper uniquement de ses affaires?
En quelques mots et aussi tentante qu’elle puisse être, cette attitude serait fatale pour notre avenir économique. Le Canada est en effet une nation commerçante, et le protectionnisme, comme l’ont reconnu les leaders du G20, est la pire menace qui pourrait peser sur la reprise.
Le Canada est une nation commerçante. Depuis les envois de fourrures vers l’Europe, il y a plus de 400 ans, le commerce international est la source de notre développement et de notre prospérité. Voilà pourquoi la lutte contre le protectionnisme et l’élargissement du commerce sont l’une des priorités absolues de notre gouvernement en matière de politique étrangère. Et nous savons par expérience que cela fonctionne. Depuis que nous avons signé l’Accord de libre-échange canado-américain, il y a de cela plus de vingt ans, nos exportations vers les États-Unis ont doublé. En se joignant à nous en 1992, le Mexique a vu se développer rapidement son secteur manufacturier, avec la hausse concomitante des revenus personnels et la réduction de la pauvreté.
En 1997, le Canada a signé un accord de libre-échange avec le Chili, accord qui a connu un franc succès. Le Chili a en effet aujourd’hui les plus hauts niveaux de PIB par habitant dans les Amériques.
Cette année, nous avons mis la dernière main à des accords commerciaux avec la Colombie et le Pérou et nous nous apprêtons à en conclure d’autres dans l’hémisphère. Je ne saurais souligner assez l’importance de garder les frontières ouvertes en des temps comme ceux-ci.
Le Canada a déjà pris une mesure unilatérale pour réduire les tarifs durant cette récession. Et nous voulons faire en sorte que nos amis traditionnels des Caraïbes demeurent au premier plan de nos relations commerciales. Un accord de libre-échange entre le Canada et la CARICOM consisterait en un témoignage puissant de notre volonté commune de garder les frontières ouvertes et de saisir des occasions véritables de développement économique. De plus, cet accord renforcera les relations commerciales que nous entretenons depuis fort longtemps.
En effet, le premier accord commercial officiel conclu entre le Canada et une nation d’expression anglaise des Caraïbes remonte à 1912, et nous établissons depuis longtemps des accords commerciaux préférentiels avec la Jamaïque par le biais du Commonwealth. Aujourd’hui, en fait, presque toutes les marchandises en provenance de la Jamaïque entrent au Canada en franchise de droits.
Mais nous pouvons faire mieux.
Nous pouvons passer à l’étape suivante et élargir notre relation commerciale de manière à ce qu’elle englobe les services et les investissements. Je sais que certaines personnes doutent que ce soit le bon moment pour conclure un accord de libre-échange, étant donné que nos économies sont aux prises avec une récession mondiale. Une crise est toutefois le meilleur moment pour rechercher de nouvelles possibilités, et le Canada a à cœur le principe que tout nouvel accord commercial doit conférer des avantages mutuels.
L’histoire et l’expérience nous ont appris qu’une expansion commerciale mutuellement avantageuse est un catalyseur de la croissance économique et du développement social. Grâce à ses initiatives commerciales, le Canada devient un partenaire commercial de plus en plus important pour toutes les autres nations des Amériques. Nos échanges avec l’Amérique latine ont augmenté de 23 p. 100 depuis 2007, soit presque le double de la croissance des échanges effectués l’année dernière entre les États-Unis et cette région. Notre commerce bilatéral avec le Pérou et la Colombie a crû respectivement de 16 et de 19 p. 100. Le Costa Rica a pris la place de l’Équateur en tant que notre neuvième plus grand partenaire commercial en Amérique latine, et ce n’est pas une coïncidence que le Canada et le Costa Rica ont aussi signé un accord de libre-échange en 2002.
Chers amis, le moment est venu de conclure un accord de libre-échange entre le Canada et la CARICOM. En tant que leader principal de la CARICOM et l’un des plus anciens partenaires du Canada dans les Caraïbes, la Jamaïque se trouve dans une position unique pour diriger nos efforts, afin de faire en sorte que la CARICOM devienne une entité à part entière dans le système économique hémisphérique et mondial.
L’engagement du Canada est clair.
Nous apportons un soutien financier et une assistance technique à nos partenaires pour faire en sorte que nous puissions négocier d’égal à égal avec eux. Nous aidons les petites et moyennes entreprises dans les Caraïbes à acquérir les compétences et les technologies dont elles ont besoin pour soutenir la concurrence dans notre proche avenir de libre-échange.
Entendons-nous aujourd’hui à éliminer les tracasseries administratives, diplomatiques et politiques et à procéder à l’établissement d’un accord de libre-échange entre le Canada et la CARICOM qui sera bénéfique pour les Jamaïcains et les Canadiens. Cet accord constituera également un message clair d’unité dans les Amériques.
Comme vous le savez, Monsieur le Premier ministre, il y avait, étonnamment, un très bon esprit lors des réunions du Sommet à Trinité-et-Tobago. Mais, pour être honnête, au cours des dernières années, nous avons passé beaucoup trop de temps dans cet hémisphère dans une reprise de la guerre froide. Ce que j’ai constaté lors de ma visite dans cette région en 2007, est qu’il y a encore des gens qui pensent que nous devons choisir soit entre, d’une part, l’ancien socialisme d’État, une combinaison de nationalisme économique, d’autoritarisme politique et de lutte des classes, soit, d’une autre part, une sorte de capitalisme non réglementé et anarchique préconisant la survie du plus apte.
Cet argument a plus de poids aujourd’hui, car la crise économique mondiale a exposé les risques que présentent les marchés non réglementés, particulièrement dans le secteur financier. Mais ça ne rend pas le choix plus valable. Le Canada, lui-même, prouve ce point. Même si nous considérons le libre-échange et l’économie libre comme étant des éléments essentiels de la croissance économique et de la prospérité, nous croyons aussi que le gouvernement doit faire en sorte que les marchés fonctionnent de façon transparente et qu’ils respectent les règles établies. Aucune de nos banques n’a fait faillite et aucune n’a dû être sauvée. Nous veillons à ce que nos citoyens aient accès aux services publics essentiels et à un filet de sécurité sociale solide. Et nous protégeons notre identité culturelle unique.
Dans le contexte économique mondial, nous avons fait ces choix nous-mêmes, en nous fondant sur des institutions politiques libres et démocratiques. Comme vous le diront des millions d’immigrants au Canada, nous avons été en mesure de créer un environnement social et économique qui, bien qu’il ne soit pas parfait, soutient véritablement le principe de l’égalité des chances.
J’hésite à appeler cette pratique « la méthode canadienne », puisque de nombreux pays – dont la Jamaïque – adhèrent aux mêmes principes de base; il s’agit là de principes que nous voulons promouvoir dans les relations que nous entretenons dans l’hémisphère. La Jamaïque comprend ces principes, qui sous-tendent son plan de développement national – Vision 2030. L’objectif consistant à instaurer la sécurité et la prospérité dans votre belle nation et à faire du pays « le meilleur endroit où vivre, travailler, élever une famille et faire des affaires » en est un ambitieux et visionnaire. En mettant la Jamaïque sur la voie de devenir un pays entièrement développé dans les deux prochaines décennies, en mettant l’accent sur la nécessité de passer à l’action pour régler les problèmes sociaux et démocratiques du pays et en insistant sur le fait que le pays sera le maître de son propre destin politique, cette vision décrit l’entière liberté que recherche depuis des siècles la population de la Jamaïque.
Je tiens à préciser ici, aujourd’hui, que le Canada vous appuiera tout au long du processus.
Dans le cadre de la stratégie canadienne pour les Amériques, nous voulons accroître nos efforts internationaux en matière d’aide et de développement au sein de notre hémisphère, surtout en Haïti.
Depuis 1963, le Canada a octroyé plus de deux milliards de dollars à la Communauté des Caraïbes sous la forme d'aide au développement. Une partie importante du renouvellement de notre engagement dans les Amériques consiste à réorienter et à accroître nos efforts internationaux en matière d’aide et de développement au sein de l’hémisphère. En effet, la CARICOM est l’un des six partenaires auxquels le Canada considère explicitement apporter un soutien en matière d’aide et de développement. Cela comprend notre engagement envers Haïti, qui a grandement besoin d’aide pour surmonter ses problèmes sociaux et économiques écrasants.
La Jamaïque et nos autres voisins peuvent compter sur le Canada pour leur fournir une aide humanitaire lorsque survient une catastrophe et pour leur venir en aide afin de lutter contre le changement climatique à plus long terme. Vous pouvez aussi vous fier au soutien continu qu’apporte le Canada aux institutions multilatérales de développement, comme la Banque interaméricaine de développement. Enfin, vous pouvez être assurés que le Canada continuera d’appuyer les programmes visant à renforcer la capacité des pays des Caraïbes à bien soutenir la concurrence dans le marché mondial.
Nous continuerons également d’appuyer le Programme de bourses Canada-CARICOM. En effet, au Sommet des Amériques, j’ai annoncé les nouveaux leaders du Canada dans le programme des Amériques, dans le cadre duquel seront accordées plus de 1 600 bourses à des étudiants et à des chercheurs; les bourses permettront à ces derniers de développer leurs connaissances et leurs compétences au Canada, au profit de leur pays d’origine.
En outre, nous apporterons toujours un soutien aux programmes de mobilité de la main-d’œuvre qui sont mutuellement bénéfiques, notamment le Programme canadien des travailleurs agricoles saisonniers, qui offre des possibilités d’emploi à des travailleurs de plusieurs pays des Caraïbes, dont la Jamaïque. De plus, vous pouvez compter sur nos efforts mutuels pour combattre le crime et les problèmes de sécurité qui touchent notre hémisphère – point que je discuterai avec le Premier ministre Golding demain.
Chers amis, nous avons établi un programme très ambitieux. Rappelons à tous ceux qui suggèrent que ce programme est trop ambitieux que, l’année dernière, le Canada a coparrainé la résolution de la Communauté des Caraïbes présentée à l'Assemblée générale des Nations Unies pour souligner le 200e anniversaire de l'abolition de la traite des esclaves au niveau transatlantique. Les femmes et les hommes courageux et visionnaires de votre pays, de mon pays et de bien d’autres pays qui se sont battus pour l’égalité de tous n’étaient pas intimidés par un défi qui semblait presque insurmontable. Ils l’ont confronté et l’ont surmonté. Leur réussite devrait être une source d’inspiration pour nous tous. Alors que nous faisons face aux défis les plus difficiles de notre époque, il n’y a aucun, je répète, aucun, objectif que nous ne pouvons pas atteindre si nous misons sur notre histoire commune et unissons nos forces dans un but commun, dans le cadre d’une intervention réciproque.
Je vous remercie encore une fois de m’avoir invité à visiter votre beau pays et pour cette occasion sans précédent de vous parler aujourd’hui.
Que Dieu vous bénisse tous dans vos responsabilités importantes.
Et que Dieu bénisse la Jamaïque et le Canada.
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