Distingués invités, nous soulignons aujourd’hui un anniversaire solennel. Nous sommes ici pour évoquer le souvenir de ceux et celles qui ont été tués il y a 26 ans aujourd'hui à bord du vol 182 d’Air India et pour inaugurer un monument en leur honneur.
Le 23 juin 1985, 329 personnes, en majorité des citoyens canadiens, sont montés à bord d’un avion portant le nom de l’empereur Kanishka. Quatre-vingt deux des passagers étaient des enfants, dont les yeux innocents n’avaient jamais vu cette haine née d’une querelle ancestrale.
Au moment de quitter la sécurité apparente du Canada, les passagers n’avaient pas de raison de croire que des lâches avaient déclenché une furie aussi insensée que meurtrière. Tous ont perdu la vie dans le pire acte de terrorismes de l’histoire du Canada.
Le manifeste du vol 182 nous indique que la souffrance provoquée par la tragédie ne s’est pas limitée au Canada et à l’Inde. En effet, elle a aussi frappé des familles en Grande-Bretagne, dans l’ancienne Union soviétique, au Brésil, aux États-Unis, en Espagne, en Finlande et en Argentine.
Au Canada, nous venions de nous rendre compte que le terrorisme mondial nous avait atteints. Notre pays a mis du temps à comprendre ce qui se passait. Nous nous croyions en sécurité et pensions que le terrorisme ne concernait que des gens de pays lointains. De plus, il était absolument inimaginable qu’on ait pu préparer sous notre nez, en sol canadien, un acte de terrorisme.
Cela était, tragiquement, bel et bien le cas. Les avertissements avant l’attentat à la bombe n’ont pas été pris au sérieux et des erreurs ont été commises après coup. En effet, l’événement était si incroyable que la vérité a mis du temps à émerger. De plus, après l’événement, il a été consternant de voir le peu d’attention prêtée à la détresse des familles endeuillées.
Le pire de tout, c’est ce déni de la réalité qui nous a habités pendant un certain temps. Cependant, au fil des ans, la vérité est finalement sortie, et nous avons été confrontés à la dure réalité. Cette atrocité avait été préparée au Canada, et ses victimes étaient pour la plupart des Canadiens. Il s’agissait d’une tragédie nationale – notre tragédie nationale – qui demandait une réponse nationale.
Il y a un an, et au nom des gouvernements précédents, notre gouvernement a présenté aux familles des victimes des excuses attendues depuis fort longtemps. Nous continuons à travailler avec elles et à tout faire ce qui est en notre pouvoir pour empêcher que de telles tragédies ne se reproduisent au Canada.
L’an dernier, les familles m’ont demandé de livrer un message important qu’il vaut la peine de répéter maintenant. Il s’agit d’un message adressé aux autres dirigeants politiques de chacun des partis et à tous les ordres de gouvernement. Nous devons dénoncer l’extrémisme violent à toutes les occasions possibles. En outre, nous devons dénoncer les personnes et les organisations extrémistes qui prônent la violence et qui tentent souvent de la dissimuler.
De génération en génération, les nouveaux Canadiens ont mis de côté les vieilles divisions nées de la langue et de la religion pour bâtir un pays fort et uni. Nous ne pouvons tout simplement pas permettre à des gens amers et revanchards d’apporter leurs vieilles haines au Canada. De plus, le Canada ne devra jamais servir de sanctuaire d’où il est possible d’exporter la terreur partout dans le monde.
En tant que Canadiens, nous adhérons avec fierté aux principes de la diversité culturelle. Cependant, cela exclut ceux qui veulent importer de veilles haines et régler de vieux comptes au Canada. Le Canada ne doit jamais devenir un sanctuaire d’où il est possible d’exporter la terreur partout dans le monde.
Aujourd'hui nous inaugurons ce monument qui va perpétuer le souvenir des passagers de ce vol d’Air India.
Comme les monuments commémoratifs érigés à Ottawa, à Toronto, à Vancouver et en Irlande, le monument de Montréal nous rappellera à jamais la vie des victimes et la nécessité morale de veiller à ce que des actes aussi abominables, préparés au Canada, ne se reproduisent plus.
En outre, il doit nous rappeler que le devoir le plus important et le plus solennel du gouvernement est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Il a fallu beaucoup trop de temps pour tirer les leçons du vol 182. L’une de celles-ci est que l’information est un outil important dans la lutte contre le terrorisme. Nous devons en savoir le plus possible sur les terroristes et leurs tactiques ainsi que sur les meilleures solutions à préconiser pour protéger les citoyens.
C’est pourquoi j’en profite aussi aujourd'hui pour annoncer que notre gouvernement lance le projet Kanishka. Ce projet de recherche national quinquennal vise à nous donner le niveau de connaissance et de compréhension qui va nous permettre de déjouer les complots terroristes et de protéger les Canadiens et Canadiennes.
Nous mettrons à contribution les plus brillants esprits du Canada et nous fournirons un financement pour des publications, des conférences et des projets de recherche – tout ce qui peut contribuer à accroître les connaissances dont nous avons besoin pour combattre efficacement le terrorisme.
Le projet Kanishka a été nommé ainsi pour honorer la mémoire des passagers de ce vol, et nous nous assurerons de faire appel aux familles des victimes pour diriger les travaux liés au projet.
Le gouvernement du Canada a déjà déclaré que le 23 juin sera la journée nationale de souvenir des victimes de terrorisme. Lors de cette journée, nous aurons des pensées et des prières pour tous ceux et celles qui ont été tués au nom d’idéologies meurtrières.
Nous rendrons non seulement hommage aux passagers du vol 182 qui ont péri le 23 juin 1985, mais aussi aux 24 Canadiens qui ont été tués à New York le 11 septembre 2001.
Nous évoquerons la mémoire de soldats, de diplomates, de travailleurs humanitaires et de journalistes qui ont été la cible d’insurgés en Afghanistan, et nous serons solidaires de toutes les familles déchirées par la terreur partout dans le monde.
Merci. Nos pensées et nos prières accompagnent vous et vos familles aujourd’hui. Que Dieu vous bénisse. Que Dieu protège notre pays, son honneur et sa liberté.