Salutations à tous – à Monseigneur Stephen Chmilar et à Monseigneur Andriy. Merci à Paul Grod, Ivan Fecan et à la sénatrice Raynell Andreychuk pour vos aimables paroles de présentation. Et merci au Congrès des Ukrainiens Canadiens. Cet organisme accomplit un travail extraordinaire pour promouvoir la cause ukrainienne au Canada, et je remercie tous les distingués invités présents ce soir, en particulier Paul et Lida Kulish, de la filiale de Toronto, ainsi que toute l’équipe qui a organisé cette soirée. Merci beaucoup à tous.
Quel bonheur de voir tous ces visages connus ce soir, en particulier celui de ceux qui nous ont accompagnés lors de notre visite en Ukraine l’an dernier. Je suis ravi de voir autant de monde : Eugene Czolij et des membres du Congrès ukrainien mondial, des membres de la Ligue des femmes catholiques ukrainiennes du Canada, des Amis canadiens de l'Ukraine et de la Chambre de commerce canado-ukrainienne… et bien d’autres qui apportent toutes sortes de contributions à cette communauté et à ce pays.
Je me réjouis que mes collègues parlementaires soient ici en si grand nombre. Je m’en voudrais de ne pas saluer en particulier la sénatrice Andreychuk, qui défend avec ardeur les intérêts de la communauté ukrainienne à Ottawa depuis presque 20 ans. Elle est accompagnée par des députés qui travaillent étroitement avec la communauté ici dans la région du Grand Toronto – notamment Ted Opitz, Wladyslaw Lizon et Bernard Trottier.
Mes amis, depuis 120 ans, la communauté ukrainienne joue un rôle de premier plan dans le développement de ce pays. D’est en ouest, les Canadiens d’origine ukrainienne ont apporté des contributions exceptionnelles dans toutes les sphères de la société : affaires, monde universitaire, arts, sport, politique, etc., et le Canada s’en trouve renforcé.
Cette médaille a été remise à un grand nombre d’éminents Canadiens d’origine ukrainienne et à des amis de l’Ukraine. Parmi ces amis, mentionnons John Diefenbaker, le premier premier ministre à la recevoir. Je suis honoré de lui succéder, car M. Diefenbaker personnifiait la réalité toute canadienne selon laquelle des gens issus de tous les milieux peuvent réussir dans notre grand pays.
Évidemment, cette présentation est spéciale parce qu'elle rend hommage à l'héritage de Taras Chevtchenko. Ses mots ont fourni l'inspiration qui a mené à l'indépendance de l'Ukraine. Il a dit, et je cite : « Luttez et vous triompherez, car Dieu est avec vous. Les récompenses sont la gloire, la vérité et, chose sacrée entre toutes, la liberté. »
Chevtchenko était un artiste brillant et un poète renommé, mais il était avant tout un chantre de la liberté. Pour cette raison, le tsar Nicolas I l'a condamné à vivre en exil, sous une surveillance des plus strictes, sans avoir le droit d'écrire ou de peindre. Même cette sentence cruelle n'a pu réduire Chevtchenko au silence ou décourager ses nombreux partisans. Au cours des décennies qui ont suivi, sa détermination allait inciter les Ukrainiens à se battre pour la liberté, non seulement contre les tsars, mais aussi contre les idéologies totalitaires des nazis et des Soviétiques, et l’histoire nous a enseigné que rien ne peut entraver la liberté du peuple ukrainien.
Au Canada, compte tenu de nos traditions parlementaires profondément ancrées et de notre histoire relativement paisible, la démocratie nous semble parfois tout à fait naturelle. Il faut souvent se rappeler à quel point la lutte a été longue et difficile pour obtenir des libertés fondamentales, et il ne faut pas oublier qu'un grand nombre d'êtres humains doivent continuer à se battre pour les obtenir. La communauté ukrainienne du Canada a toujours fourni cette perspective et cette voix aux opprimés au Canada et partout dans le monde.
Je me souviens que, vers la fin de la guerre froide, des soi-disant experts parlaient d’un juste milieu dans les affaires mondiales comme s’il y avait une équivalence morale entre les imperfections de nos sociétés démocratiques et la tyrannie totalitaire de l’empire soviétique.
Les Canadiens d’origine ukrainienne ont évidemment rejeté ce genre de raisonnement. Ils nous ont rappelé les réalités auxquelles étaient confrontés les Ukrainiens : violation des droits fondamentaux, emprisonnements, brutalité et, chose presque incroyable, famine de masse délibérément provoquée. Il s’agit bien entendu de l’Holodomor, dont je vous parlerai dans un instant.
Mais ce qui importe c'est ceci : tant que je serai Premier ministre, le gouvernement va toujours défendre les valeurs qui enrichissent l'être humain : la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit pour toutes les nations et tous les peuples.
Si nous sommes conscients des moments sombres de l’Ukraine, nous le sommes aussi des nôtres. Le présent gouvernement conservateur a été le premier gouvernement à reconnaître un moment sombre de l’histoire du Canada : l’internement injuste des Ukrainiens durant la Première Guerre mondiale. Nous avons établi un fonds de reconnaissance pour que tous puissent tirer les leçons de cette injustice. Nous ne balaierons jamais l’histoire sous le tapis, ni celle du Canada, ni celle de l’Ukraine.
C’est pourquoi, lors de ma visite en Ukraine l’an dernier, je me suis fait un point d'honneur de visiter des lieux historiques pour présenter mes hommages au nom de tous les Canadiens. J’ai d’abord déposé une couronne à la statue baptisée Triste souvenir de l'enfance en l’honneur des millions de personnes qui ont perdu la vie au cours de l’Holodomor. Dans ce tranquille endroit boisé – entouré par les membres de notre délégation, pour qui l’expérience était très personnelle – on m’a demandé de placer du pain et du sel devant le monument, un simple geste de souvenir qui m’a beaucoup ému.
L’ampleur de la tragédie vécue par la population ukrainienne n’est surpassée que par la reconnaissance acerbe que lui a fait subir le gouvernement qui la tenait en son pouvoir. Et c’est une grande source de tristesse pour moi de constater que, pendant des décennies, les milieux officiels à Ottawa n’ont pas eu le courage d’appeler cette tragédie par son nom : un génocide. Mais en 2008, à l’initiative de mon collègue, le député James Bezan, nous avons eu finalement l’occasion de corriger la situation, et nous l’avons fait. Notre gouvernement a adopté au Parlement le projet de loi reconnaissant l’Holodomor comme un génocide. Dorénavant, à nos yeux à tout le moins, ceux qui ont causé la mort de tant d’Ukrainiens doivent en assumer la culpabilité.
Dans ce même esprit de commémoration solennelle, j’ai visité le musée de l’infâme prison de la rue Lonsky. Là, j’ai été confronté aux souvenirs de l’oppression de l’ère soviétique. Et j’ai également visité Babyn Yar, où les nazis ont littéralement massacré des dizaines de milliers de personnes.
Je me suis arrêté à ces endroits parce que nous avons tous le devoir de connaître le passé de l’Ukraine pour apprécier les défis et les promesses de son avenir, et la place centrale qu’y occupe l’aspiration à la liberté. Pour mettre des visages sur l’avenir de l’Ukraine, j’ai rencontré les étudiants de l’université catholique ukrainienne à Lviv, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter ouvertement de la liberté qui a tant manqué à des générations d’Ukrainiens.
J’ai été fortement impressionné par ces jeunes hommes et ces jeunes femmes, leur savoir, leur idéalisme, leur volonté de connaître le passé et de créer un avenir meilleur. Ils sont l’incarnation des aspirations de l’Ukraine. Par ce voyage, notre gouvernement espère tirer profit des liens personnels qui unissent depuis longtemps le Canada et l’Ukraine. Au cours de cette visite, nous avons signé un accord sur la mobilité des jeunes grâce auquel il sera plus facile pour les jeunes de faire une expérience de vie dans l’autre pays, et j’ai annoncé de nouveaux programmes visant à fournir de la formation et de l’expertise du Canada dans des domaines comme le développement économique.
Lorsque j’étais à Kiev, comme vous vous en souvenez, j’ai soulevé des questions qui préoccupent le gouvernement du Canada. Je me suis tout particulièrement efforcé de souligner l’appui du Canada pour le débat démocratique en rencontrant Ioulia Timoshenko. Comme beaucoup d’entre vous, je suis très préoccupé par sa situation.
J’ai écrit directement au président Ianoukovich. Je lui ai fait part de ma profonde inquiétude du fait que le procès de Mme Timochenko ne s’est pas déroulé conformément aux normes reconnues d’équité ou d’application régulière de la loi. Mes amis, nous savons tous qu’une opposition politique vigoureuse et l’indépendance judiciaire sont essentielles pour bâtir une Ukraine démocratique et prospère. Le Canada appuiera l’Ukraine chaque fois que ce pays fera un pas vers la liberté, la démocratie et la justice, et j’ai affirmé cela devant le président Ianoukovich. Cependant, notre politique étrangère est fondée sur des principes et sur la défense de la liberté.
Par conséquent, je veux être clair. Notre gouvernement est très préoccupé par la voie dans laquelle le gouvernement de l'Ukraine semble s’engager et, comme l’a dit le ministre Baird, les événements de mardi pourraient avoir de lourdes conséquences sur nos relations bilatérales.
Le peuple ukrainien peut compter sur le Canada pour défendre sa liberté. Le Canada est toujours prêt à aider les institutions démocratiques à prendre racine, tant en Ukraine qu’ailleurs dans le monde, et je sais que chacun d’entre vous ici ce soir partage cette cause, et c’est pourquoi je suis si honoré d’être ici.
Merci encore une fois pour votre hospitalité et pour l’honneur que vous m’avez fait. Merci également pour le travail que vous accomplissez jour après jour pour préserver le fier héritage des Canadiens d’origine ukrainienne et pour bâtir notre grand pays.
Slava Ukraini. Slava Kanadi.