C’est John George Diefenbaker qui a été à de nombreux égards, le pionnier de l’ère moderne des relations entre la Couronne et les Premières Nations. C’est lui qui, en 1958, a nommé au Parlement du Canada le premier membre des Premières Nations, le sénateur James Gladstone, et c’est lui qui, deux ans plus tard, a étendu aux Canadiens autochtones vivant dans les réserves le droit de voter aux élections nationales. En corrigeant cette injustice fondamentale qui avait trop duré, il a montré à quel point il était en avance sur son temps et il peut servir d’inspiration pour le travail à accomplir d’aujourd’hui.
Bonjour à tous les participants qui sont ici à Ottawa et à ceux qui participent de partout au Canada : Son Excellence le gouverneur général David Johnston et madame Sharon Johnston, le ministre Duncan, le secrétaire parlementaire Rickford, sénateurs et députés de notre caucus, distingués invités, aînés, chefs, parmi lesquels je me permets de signaler la présence de Weasel Head et de Peter Standing Alone, de ma nation d’attache, la Première Nation des Blood, du sud de l’Alberta et, bien entendu, je salue le chef national Atleo. Le Chef national a joué un rôle non négligeable dans la vision et la conception de notre rassemblement d’aujourd’hui et je sais que nous tenons tous à le féliciter pour cette initiative.
Mesdames et messieurs, chers amis, hier marquait le sixième anniversaire de l’élection générale où les Canadiens ont confié, pour la première fois, la direction de notre pays à notre gouvernement. Ces six années ont été pour le moins jalonnées de distractions, d’élections, de gouvernements minoritaires et, naturellement, de crises économiques et financières mondiales.
Malgré ces difficultés, notre gouvernement a travaillé fort pour régler des questions qui préoccupent depuis longtemps les membres des Premières Nations du Canada. Compte tenu du travail que nous avons accompli ensemble jusqu’à maintenant, il est tout à fait possible de trouver d’excellentes occasions de renforcer nos relations. De plus, la demande de main-d’œuvre dans notre future économie sera telle que nous nous positionnons dès aujourd’hui pour débloquer le vaste potentiel économique de la population des Premières Nations, de manière à atteindre nos objectifs mutuels.
La croissance dynamique de l’économie canadienne exigera une croissance correspondante de la main-d’œuvre qualifiée dans toutes les régions : urbaines, rurales ou éloignées. Les Autochtones constituent la population la plus jeune du Canada. Il est donc dans notre intérêt à tous que les populations autochtones aient une éducation, des qualifications et des emplois. Et le moment est particulièrement bien choisi pour s’en assurer. J’y reviendrai dans un moment.
Tout d’abord, je dois dire que toute relation peut connaître des hauts et des bas, des moments de consensus et des moments de désaccord. Je crois cependant qu’il faut bâtir toute relation en misant sur ses moments forts. Or, dans la relation entre les Premières Nations et le Canada il y a eu quelques moments très forts.
Il y a eu tous les traités ancestraux, petits ou grands. Il y a eu la Proclamation royale de 1763, dont nous soulignerons le 250e anniversaire l’an prochain, un pilier de la relation entre la Couronne et les Premières Nations. Nous soulignons cette année le 200e anniversaire de la guerre de 1812, au cours de laquelle des populations autochtones et non autochtones se sont ralliées sous la Couronne pour finir par jeter les bases d’un pays distinct dans la moitié nord du continent. Et naturellement, nous avons vécu toutes les guerres qui ont eu lieu depuis, au cours desquelles les Autochtones ont toujours combattu aux côtés de leurs compatriotes canadiens pour défendre la liberté et la démocratie, ici et dans le monde entier. Ce sont de grandes réalisations sur lesquelles nous pouvons miser.
Toutefois, nous devons aussi reconnaître qu’il y a eu des moments moins réjouissants, des moments très difficiles. En effet, pendant des générations, notre relation a été gâchée, gâchée au point de miner la confiance, nous empêchant d’avancer, comme un arbre tombé à travers la route. Notre relation a été ainsi assombrie, en particulier, par l’expérience des pensionnats, une tentative explicite de destruction de la culture autochtone et de démantèlement de la famille autochtone, qui a blessé si profondément tant de gens. C’est pourquoi le jour où je me suis levé à la Chambre des communes pour présenter des excuses aux anciens élèves des pensionnats a été pour moi l’un des plus émouvants de mon mandat.
Nous avons reconnu ce triste chapitre de notre histoire. Nous avons rejeté le raisonnement qui le sous-tendait et nous sommes allés au-delà du geste symbolique; nous avons agi concrètement en procédant au règlement des demandes des personnes lésées. Une action concrète, mesdames et messieurs, c’est ce que nous avons promis aux Premières Nations en 2004, en 2006, en 2008 et en 2011. Et nous avons tenu ces engagements. Par exemple, notre gouvernement a donné suite à des doléances de longue date en accélérant le règlement des revendications globales et des revendications particulières. En concertation avec l’Assemblée des Premières Nations, notre nouvelle procédure historique a permis de traiter jusqu’à présent plus de 65 revendications particulières, qui traînaient depuis des décennies.
Nous avons élargi la protection intégrale de la Loi canadienne sur les droits de la personne aux Canadiens des Premières Nations qui vivent dans des réserves. Comme conservateurs, nous cherchons d’ailleurs à favoriser la participation intégrale des Premières Nations à la vie politique et économique du Canada, avec tous les droits et toutes les responsabilités qu’elle comporte. Et nous agissons dans des dossiers sur lesquels on n’a fait que parlementer depuis 20 ans, et même parfois depuis plus longtemps.
Par exemple, nous sommes sur le point de veiller à ce que la propriété des femmes et des enfants des Premières Nations soit protégée en cas de séparation. Nous avons déposé des projets de loi pour renforcer la gouvernance des Premières Nations avec des règles dignes du 21e siècle sur les élections et la transparence. Beaucoup de gens des Premières Nations diront qu’il est grand temps. Nous avons versé aux communautés autochtones et du Nord plus d’un milliard de dollars dans le cadre du Plan d’Action économique, en utilisant des fonds de stimulation ponctuels pour accélérer la construction de nouvelles habitations, d’aqueducs et de systèmes de traitement des eaux usées, pour améliorer les conditions de vie. Et bientôt, nous allons imposer la reddition de comptes en matière d’aqueduc au moyen de normes légiférées.
Au nom de l’autonomie gouvernementale, nous avons procédé à la dévolution par Ottawa des terres et des ressources à Inuvialuit. Pour protéger les enfants, nous avons obtenu que soient conclues six ententes de services à l’enfance et à la famille et de réduction des méfaits entre Ottawa, les Premières Nations et les gouvernements provinciaux. Et bien entendu, nous avons approuvé la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Ces mesures confirment nos aspirations et notre détermination à promouvoir et à respecter les droits des populations autochtones, au Canada et à l’étranger.
Ce que nous avons accompli, mesdames et messieurs, n’est qu’un faible reflet de ce que nous souhaitons accomplir. En effet, notre but est l’autosuffisance des citoyens et l’autonomie des communautés. Notre but est de promouvoir une gouvernance améliorée. Notre but est d’accroître la participation des Autochtones à l’économie et à la prospérité du pays. Nous ne nous faisons pas d’illusion sur l’ampleur du travail qu’il nous reste à faire.
Les actions et les réalisations de notre gouvernement depuis six ans témoignent du sentiment d’urgence qui nous anime. Mais je peux vous le dire, ce n’est qu’un début. En ce qui concerne la participation, le niveau de vie et la qualité de vie, il est grand temps que les Premières Nations partagent sur un pied d’égalité avec les autres Canadiens de tous les horizons non seulement la possibilité de trouver la dignité dans un emploi rémunéré, mais aussi celle d’élever une famille avec la sécurité nécessaire.
C’est notre objectif, à titre de gouvernement, pour tous les Canadiens. Et si le système ne fonctionne pas pour les Premières Nations, nous devons agir énergiquement et agir ensemble. C’est ce qui m’amène à parler du Plan d’action conjoint Canada-Premières Nations, un plan adopté l’an dernier par le gouvernement du Canada et l’Assemblée des Premières Nations. Il s’agit d’une entente opportune, fondée sur des objectifs et des principes communs comme le respect et la transparence, des objectifs comme l’habilitation des personnes, des communautés solides et durables, et le développement économique.
Je dis qu’elle tombe à point parce qu’il n’y aura jamais un meilleur moment pour continuer ce que nous avons accompli, pour réinitialiser notre relation, pour tirer des leçons du passé, mais en regardant bien droit vers l’avenir. Le Plan d’action conjoint trace la voie à suivre au moyen d’engagements communs, des engagements qui vont changer efficacement les règles régissant les relations au chapitre de l’éducation, de la reddition de comptes, du développement économique et des traités.
Pourquoi changer les règles ?
Parce que ce sont les règles qu’on fixe qui déterminent les résultats qu’on obtient. Et les incitatifs enfouis dans la Loi sur les Indiens ont manifestement abouti à des résultats que nous déplorons tous.
Il est certain que notre gouvernement n’a pas le grand projet d’abroger ou de réécrire unilatéralement la Loi sur les Indiens : après 136 ans, l’arbre a des racines profondes et en arrachant la souche, on n’obtiendrait qu’un trou béant. Toutefois, il y a des moyens, des moyens faisant appel à la créativité, à la collaboration, à la consultation entre notre gouvernement, les provinces et les dirigeants des Premières Nations, ainsi que les communautés, qui offrent des options, dans le cadre de la Loi, ou à l’extérieur, pour opérer des changements concrets, graduels et véritables.
Voilà notre approche, remplacer certains éléments de la Loi sur les Indiens par des dispositions et des procédures plus modernes, en partenariat avec les provinces et les Premières Nations. C’est une approche qui s’est déjà révélée prometteuse. Grâce à un leadership inspiré, de l’énergie et un esprit d’entreprise, certaines bandes ont déjà montré que les gens des Premières Nations peuvent prospérer rapidement, qu’ils sont capables de parvenir à l’excellence et de profiter de tout ce que la dynamique économie canadienne a à leur offrir.
Je pense à la Première Nation Haisla de la Colombie-Britannique, partenaire du vaste projet de GNL de Kitimat, qui procurera de la formation, de l’emploi et qui sera riche en retombées économiques et sociales pour la communauté pendant des décennies. Je pense aussi à la Première Nation White Cap Dakota, chez qui, avec l’administration de la gestion des terres des Premières Nations, le chômage est presque nul. Ou encore aux Premières Nations de l’Alberta dont les entreprises qui appartiennent aux bandes font des affaires de centaines de millions de dollars par an avec les producteurs de sables bitumineux, et qui emploient des milliers d’Autochtones pour des emplois spécialisés, bien rémunérés. Et je pense aussi à la Première Nation Miawpukek, à Terre-Neuve-et-Labrador, qui a développé un programme de création d’emploi à l’intention des membres de la communauté qui sont au chômage, qui a ses propres sources de revenus et qui dégage des surplus. Au Québec, pensons à la Première Nation d’Essipit qui a su développer le tourisme et la pêche commerciale, créant ainsi des emplois locaux et des partenariats tant avec le privé qu’avec les municipalités voisines.
Je suis convaincu que nous pouvons faire encore plus que ce que nous imaginons ou croyons possible en ce moment. Cependant, aucun d’entre nous, ni les gouvernements, ni les communautés des Premières Nations, ni les Autochtones ne peuvent les concrétiser seuls. Au cours des conversations que j’ai eues, nous avons parlé de symbolisme, de respect et de confiance. Il est certain que dans le passé, un manque de confiance de part et d’autre a freiné notre élan. Mais c’est aujourd’hui un jour nouveau. De nouvelles générations arrivent, des générations qui sont à la recherche d’une vision commune, qui ont des objectifs communs.
Et la plus grande marque de respect que nous pouvons présenter aux hommes et aux femmes des Premières Nations c’est de leur fournir les outils dont ils ont besoin, de leur reconnaître les capacités nécessaires, puis de leur permettre d’avancer. Nous devons tous avancer. Soyons des partenaires motivés. Profitons de cette occasion pour reprendre la conversation. Je me réjouis de connaître le résultat de vos délibérations.
Eek-so-ka-pee
Merci, chers amis.