« Merci beaucoup.
« Merci professeur Schwab pour cet aimable accueil. Je veux également vous remercier tout particulièrement pour l’invitation que vous m’avez lancée plus tôt cette année de prendre la parole ici. Mais d’abord et avant tout, Professeur, vous avez fait du Forum économique mondial un élément indispensable de la conversation mondiale entre dirigeants de la sphère politique, du monde des affaires et de la société civile. Et face à l’instabilité économique mondiale qui persiste, cette occasion de rassemblement nous est maintenant plus précieuse que jamais.
« Mes salutations à l’ambassadrice Santi; au gouverneur de la Banque du Canada, connu sur la scène internationale en tant que président du Conseil de stabilité financière, Mark Carney; à notre infatigable ministre du Commerce international, Ed Fast; et au meilleur ministre des Finances de la planète, Jim Flaherty. Et permettez-moi de dire que je suis particulièrement fier de voir autant d’éminents dirigeants d’entreprise canadiens qui se font présent ici à Davos.
« Mesdames et messieurs, j’emploierai mon temps aujourd’hui à faire valoir les forces économiques du Canada et à situer les choix que nous avons à faire sur la voie de la prospérité à long terme pour nos citoyens, dans le contexte mondial difficile qui semble vouloir s’installer.
« Comme vous le savez, le Canada a connu une performance économique supérieure à la plupart des pays développés, au cours de ces dernières années difficiles pour l’économie mondiale.
« Le magazine Forbes classe le Canada comme le meilleur endroit au monde pour la croissance des entreprises et la création d’emplois. L’OCDE et le FMI prévoient que notre économie sera encore une fois parmi les meilleures des pays industrialisés au cours des deux prochaines années.
« Et un autre éloge apprécié, bien sûr, est que le Forum économique mondial affirme, pour la quatrième année de suite, que nos banques sont les plus solides du monde.
« Ces évaluations sont le résultat de solides facteurs fondamentaux. Parmi les pays du G-7, le Canada a le taux d’imposition global le plus bas sur les nouveaux investissements commerciaux, et notre rapport de la dette nette au PIB demeure l’un des plus bas du G-7, et de loin.
« Même si nous sommes toujours préoccupés par le nombre de Canadiens qui sont sans emploi, le Canada est l’un des deux seuls pays du G-7 à avoir recouvré tous les emplois perdus pendant la récession mondiale.
« En effet, il y a plus de Canadiens sur le marché du travail maintenant qu’avant le ralentissement économique. Comment sommes-nous parvenus à ce résultat ?
« Confronté à la pire crise économique mondiale depuis les années trente, notre gouvernement a mis en œuvre des mesures de stimulation économique parmi les plus importantes et les plus ciblées du G‑20.
« Nous avons fait des investissements sans précédent dans l’infrastructure. Nous avons encouragé les entreprises à investir et nous les avons aidées à éviter les mises à pied. Nous avons consacré des fonds importants à l’acquisition des compétences et nous avons prolongé le soutien des travailleurs qui avaient perdu leur emploi.
« Ces mesures ont été prises rapidement, elles étaient ciblées et temporaires. Nous n’avons pas créé de nouveaux programmes permanents ni de bureaucratie gouvernementale. Par conséquent, notre déficit est maintenant à la baisse, notre rapport dette-PIB a déjà atteint un sommet et nous ne sommes pas forcés de hausser les taxes et les impôts. J’ajouterais que nous n’avons pas non plus réduit l’immigration ni cédé à la tentation du protectionnisme.
« Au contraire, nous avons maintenu les niveaux élevés d’immigration que nécessite le vieillissement de notre population active pour l’avenir. Nous avons continué à négocier de nouveaux accords de libre-échange.
« Et nous avons pris des mesures pour faire du Canada, parmi les pays du G-20, la première zone libre de tarifs douaniers pour les fabricants.
« Nous avons mis en place ces politiques, car notre priorité numéro un en tant que gouvernement est la prospérité, c’est-à-dire la croissance économique et la création d’emplois.
« Cette explication peut paraître évidente, presque clichée. Mais est-ce bien le cas ? En regardant la situation dans le monde, et particulièrement dans les pays développés, je demande si la croissance économique, et donc l’emploi, est vraiment la première priorité pour tout le monde.
« Ou bien, est-ce que dans le monde développé nous sommes trop nombreux à nous complaire dans notre prospérité, à considérer notre richesse pour acquise, à supposer qu’elle soit en quelque sorte dans l’ordre naturel des choses, à nous préoccuper avant tout des services et des droits auxquels nous sommes habitués ?
« Est-ce une coïncidence si la crise financière démasque non seulement un trop grand endettement des banques, mais également des dettes souveraines trop élevées, une volonté trop généralisée d’acquiescer à des normes et à des avantages qui dépassent notre capacité et même notre volonté de payer?
« Je l’ignore. Mais je sais ceci. Premièrement, la richesse des économies occidentales n’est pas plus inévitable que la pauvreté des économies émergentes, et que la richesse que nous connaissons aujourd’hui repose seulement sur de bonnes politiques axées sur la croissance, sur de bons choix, souvent difficiles, sur un travail acharné accompli dans le passé.
« Deuxièmement, peu importe l’orientation que pourraient choisir d’autres pays occidentaux, sous notre gouvernement, le Canada procédera aux transformations nécessaires pour faire durer la croissance économique, la création d’emplois et la prospérité, aujourd’hui et pour la prochaine génération.
« Cela veut dire deux choses. Nous devons prendre de meilleures décisions économiques dès maintenant et nous préparer dès maintenant aux pressions démographiques auxquelles l’économie canadienne fait face.
« Dans l’immédiat, nous maintiendrons, bien sûr, de faibles taux d’imposition, qui sont au centre de la vision de notre gouvernement. Mais nous ferons plus, beaucoup plus. Dans les prochains mois, notre gouvernement entreprendra des transformations majeures afin de positionner le Canada sur la voie de la croissance pour la prochaine génération.
« Par exemple, nous allons continuer à faire les investissements clés dans la science et la technologie qui sont nécessaires pour soutenir une économie moderne compétitive. Mais nous croyons aussi que les résultats peu optimaux que retire le Canada de ces investissements posent un problème important pour notre pays.
« Nous avons reçu récemment un rapport à ce sujet – le rapport Jenkins – et nous prendrons bientôt des mesures pour corriger les problèmes qui y sont soulevés.
« Nous allons continuer à étendre nos liens commerciaux. Nous allons faire ratifier les accords que nous avons signés, particulièrement dans notre propre hémisphère, et nous allons chercher à conclure des accords importants au-delà de celui-ci.
« Comme vous le savez, nous nous attendons à compléter les négociations d’un accord de libre-échange Canada-Union européenne cette année. Nous allons tenter de conclure les négociations d’un accord de libre-échange avec l’Inde en 2013. Et nous allons amorcer des pourparlers en vue de notre adhésion au Partenariat transpacifique, tout en explorant d’autres moyens pour intensifier nos échanges commerciaux avec l’Asie. Évidemment, je vais faire très bientôt une autre visite officielle en Chine.
« Nous allons aussi continuer à travailler avec l’administration Obama pour mettre en œuvre notre initiative conjointe « Par-delà la frontière » – notre plan pour resserrer et approfondir nos liens économiques et en matière de sécurité avec notre plus important partenaire.
« Parallèlement, toutefois, nous allons faire une priorité nationale d’avoir la capacité d’exporter nos produits énergétiques ailleurs qu’aux États-Unis, et plus particulièrement en Asie. À cet égard, nous prendrons sous peu des mesures pour faire en sorte que les grands projets énergétiques et miniers ne soient pas inutilement retardés pour des raisons de réglementation, c’est-à-dire retardés sans aucune raison.
« Ces mesures complètent les travaux déjà en cours que nous allons poursuivre avec la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante pour réduire le fardeau administratif des entrepreneurs.
« Nous entreprendrons aussi une réforme importante de notre système d’immigration. Tout en respectant nos obligations humanitaires et nos objectifs de réunification des familles, nous nous assurerons que nos efforts en matière d’immigration répondent aux besoins de l’économie et de la population active.
« Comme je l’ai dit, je suis entre autres préoccupé par le vieillissement de la population du Canada. Ce problème, si on ne s’y attaque pas rapidement, pourrait miner la situation économique du Canada, et d’ailleurs celle de tous les pays occidentaux, bien plus que les crises économiques actuelles.
« L’immigration nous aide déjà à faire face à ce problème et elle nous y aidera encore davantage dans l’avenir. Notre situation démographique représente aussi une menace pour les programmes sociaux et les services que les Canadiens et les Canadiennes ont à cœur. C’est pourquoi nous prendrons des mesures importantes dans les mois à venir, non seulement pour retrouver l’équilibre budgétaire à moyen terme, mais aussi pour assurer la viabilité de nos programmes sociaux et de notre situation financière à l’intention de la prochaine génération.
« Nous avons déjà pris des mesures pour limiter la croissance de nos dépenses en soins de santé au cours de cette période. Nous devons faire de même pour notre régime de retraite. Heureusement, la pièce maîtresse de ce régime, le Régime de pensions du Canada, est suffisamment capitalisé, solide sur le plan actuariel et n’a pas besoin d’être modifié. Pour ce qui est des éléments du régime qui ne sont pas capitalisés, nous y apporterons les changements nécessaires afin d’en assurer la viabilité pour la prochaine génération, sans pénaliser les prestataires actuels.
« En résumé, mesdames et messieurs, je dirais que malgré les nombreux avantages du Canada, nous restons très préoccupés par l’instabilité persistante de l’économie mondiale, dont nous faisons partie. Les problèmes qui affligent l’Europe, ainsi que les États-Unis, sont certes éprouvants aujourd’hui, mais à mon avis, ils menacent de s’aggraver encore davantage à l’avenir.
« Ceci étant dit, chaque pays a son propre choix à faire. Les pays occidentaux, en particulier, ont le choix de créer les conditions propices à la croissance et à la prospérité ou de risquer le déclin économique à long terme. Que nous décidions d’agir, ou de ne pas agir, c’est maintenant que nous choisissons notre avenir.
« Comme nous l’ont appris les crises mondiales des dernières années et les expériences vécues dans nos pays respectifs, en faisant des choix faciles maintenant, on limite les choix dont nous disposerons plus tard.
« Le choix du Canada sera, de façon claire et sans détour, de prendre en main et de maîtriser de notre avenir, d’être un modèle de confiance, de croissance et de prospérité pour le 21e siècle.
« Merci, mesdames et messieurs, de votre aimable attention.
« Merci beaucoup. »