Le terme « perpétuation » désigne la transmission et la préservation de l’identité, des traditions de combats et des décorations des unités démantelées qui se sont distinguées par leur service durant une guerre ou un conflit.
Les Forces canadiennes (FC) permettent aux unités actuellement en service de perpétuer la tradition des anciennes unités ayant reçu un honneur ou une distinction en campagne. Ces perpétuations permettent aux unités actuelles des FC d’hériter du patrimoine (historique, honneurs de guerre et distinctions honorifiques) des unités démantelées
Honneurs de guerre et distinctions honorifiques
Les honneurs les plus anciens remportés par des unités canadiennes toujours en service l’ont été à l’égard de la Rébellion du Nord Ouest en 1885. Avant la Confédération, le seul honneur décerné à un régiment de la milice entièrement canadien (non pas suivant l’ordre de bataille britannique) a été l’inscription au drapeau NIAGARA décernée en 1821 à une unité de la milice coloniale du Canada – le Bataillon de la milice incorporée du Haut-Canada – en récompense de son service le long de la frontière du Niagara au cours de 1813-1814, ce qui comprend la bataille de l’allée Lundy en juillet 1814. Au mois de mai, le gouvernement du Canada a annoncé que quatre régiments des forces armées canadiennes seront décorés de cet honneur : le Lincoln and Welland Regiment, le Queen’s York Rangers, le « Princess of Wales Own Regiment » et le Brockville Rifles
L’inscription au drapeau NIAGARA a également été décernée à deux régiments levés dans les provinces de l’Amérique du Nord britannique à l’intérieur de l’Armée régulière britannique : le 104e Régiment de fantassins du Nouveau Brunswick (New Brunswick Fencibles) et le Glengarry Light Infantry Fencibles, de l’est de l’Ontario (auparavant le Haut-Canada). Ces régiments, ainsi que le Bataillon de la milice incorporée du Haut-Canada, ont été démantelés à la fin de la guerre. Depuis la confédération, des honneurs de guerre ont été décernés à des unités canadiennes afin de commémorer leurs actions au combat dans le cadre d’un conflit majeur ou d’une guerre, notamment la guerre sud-africaine, la Première Guerre mondiale, la Deuxième Guerre mondiale, la guerre de Corée, la guerre du Golfe persique et la campagne aérienne au Kosovo.
Bien que le terme « honneur de guerre » s’applique généralement à toutes les catégories d’honneurs de groupe, il en existe en fait trois catégories distinctes : la « décoration d'opération », les divers types « d’honneur de guerre » et la « distinction honorifique ». Les honneurs de guerre sont décernés afin de reconnaître publiquement les unités combattantes ayant participé activement à un combat contre un ennemi armé et formé. Les unités de combat sont les unités dont la mission consiste à engager des combats rapprochés afin de vaincre, de neutraliser ou de détruire l’ennemi à titre de force combattante efficace.
Une décoration d’opération est un type particulier d’honneur de guerre attribué pour la participation à un théâtre d’opérations indiquant une régions géographique plus étendue ou une période plus longue que dans le cas d’un honneur de guerre particulier.
Le terme « distinction honorifique » désigne principalement les insignes ou autres motifs expressément attribués aux unités combattantes pour lesquelles l’attribution d’un honneur de guerre n’est pas de mise, comme des marques d’honneur visant à souligner de façon particulière une activité opérationnelle qui excède les normes reconnues des honneurs de guerre (tel que, dans des circonstances rarissimes, une unité qui excède les paramètres d’honneur d’une bataille normale).
Les unités d’artillerie (comme Le Régiment royal d'Artillerie canadienne) et les unités de la Branche du Génie (qui remplace le Corps royal du Génie royal de l'Armée canadienne) n’ont pas d’honneur de guerre individuel, mais utilisent plutôt la devise « UBIQUE » qui signifie « partout ». Cette dernière est décernée à titre de distinction honorifique pour « remplacer toutes les distinctions et tous les honneurs de bataille mérités en campagne ». Plusieurs autres distinctions honorifiques sont décernées à des régiments individuels, surtout des insignes blasonnés affichés sur le drapeau, mais aussi des insignes à être portés sur l’uniforme. Toutefois, les insignes affichés sur les drapeaux ne sont pas tous des distinctions honorifiques.
Tous les honneurs de guerre sont réputés comme ayant la même valeur.
Critères de la perpétuation
Le système de perpétuation employé pour les unités de l’armée canadienne remonte aux circonstances particulières qui ont suivi la Première Guerre mondiale quand les bataillons numérotés du Corps expéditionnaire canadien qui avait combattu outre-mer ont été démantelés. Pour éviter que ne disparaissent de la mémoire collective leurs combats et leur héritage, il a été décidé de perpétuer leur souvenir dans les régimes d’infanterie et de cavalerie (ultérieurement blindés) de la milice et de la force permanente et que les honneurs acquis seraient transmis en héritage par les unités de perpétuation.
Au fil du temps, un certain nombre de facteurs ont influencé la façon dont le Comité des honneurs de bataille des FC et le chef d’état-major de la Défense (CEMD) analysent la perpétuation des unités historiques et de leurs honneurs de guerre aux unités remplaçantes. Les critères suivants ne sont pas indépendants les uns des autres, mais sont considérés dans leur ensemble :
a) Honneur ou distinction : Seule la tradition des unités combattantes ayant reçu un honneur ou une distinction en campagne peut être perpétuée, et seules les unités qui se sont vues décerner un honneur ou une distinction peuvent perpétuer la tradition d’autres unités;
b) Géographie ou territoire : Si une unité historique et une unité courante ont été formées dans la même région géographique, la perpétuation mérite d’être prise en considération;
c) Fonction ou rôle générique : Si une unité historique et une unité courante jouent ou ont joué essentiellement le même rôle opérationnel, la perpétuation mérite d’être prise en considération;
d) Nom : Si une unité historique et une unité courante portent le même nom ou un nom similaire, la perpétuation mérite d’être prise en considération;
e) Nombre : Il est permis de procéder à des perpétuations multiples; toutefois, on évite généralement de le faire, étant donné qu’il est préférable que la tradition d’une unité historique soit perpétuée par une unité courante.
Une fois que les critères ont été déterminés, le Comité des honneurs de bataille des FC se rencontre et débat à savoir quelles unités courantes des FC seraient les plus aptes à perpétuer la tradition des unités historiques et à hériter de leur patrimoine. Le Comité présente ensuite ses recommandations au CEMD pour approbation. À ce stade, les unités courantes peuvent se voir offrir la possibilité de procéder à une perpétuation, après quoi le CEMD confirme leur réponse et les unités qui procéderont aux perpétuations sont révélées.
La perpétuation d’unités historiques est offerte, et non imposée, et peut même être refusée par l’unité ou les unités jugées admissibles par le Comité des honneurs de bataille des FC. À titre d’exemple, une unité pourrait décliner une offre de perpétuation parce que ses membres n’ont pas le sentiment que l’unité historique fait partie de leur patrimoine, ou encore parce qu’ils croient qu’une autre unité serait mieux désignée pour transmettre son héritage.
Les conditions d’attribution des décorations ont évolué au fil du temps afin de s’adapter aux situations créées par chaque guerre. Toutefois, le principe fondamental est resté le même : commémorer publiquement une bataille ou une campagne dont le souvenir doit être une source constante de fierté pour l'unité visée. Parmi d'autres principes fondamentaux, notons ce qui suit : reconnaître à juste titre un exploit réalisé au cours d'une bataille; éviter la dévalorisation des récompenses en faisant un trop grand nombre de recommandations; en déterminant le type et le nombre de décorations, garder en perspective l'importance relative de l'engagement opérationnel et les conditions opérationnelles d'une guerre ou d'une campagne; s'assurer que toutes les unités admissibles qui ont participé honorablement à une action sont reconnues comme des compagnons d'armes de même niveau.
Les unités des FC sont invitées à célébrer les réalisations de tous leurs prédécesseurs, localement et au-delà, ainsi qu’à rendre hommage à l’histoire et au patrimoine militaires du Canada en gardant vivant le souvenir de leurs sacrifices pour les Canadiens de tout le pays et les générations futures.