Londres (Royaume-Uni)
26 novembre 2015

Allocution prononcée par le très honorable Justin Trudeau, premier ministre du Canada

LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI

C’est un grand plaisir d’être ici, à Londres, avec vous tous aujourd’hui.

Je remercie le haut-commissaire Campbell, et tout son personnel, ici, à la Maison du Canada. 

Je veux saluer tous les gens qui sont présents avec nous ici aujourd’hui, et tous ceux qui sont également à l’extérieur. Merci de prendre le temps d’être avec nous.

Plus tôt aujourd’hui, j’ai eu l’occasion de rencontrer Sa Majesté la reine Elizabeth II. 

Elle s’est montrée, bien entendu, affable et sensible, et sa vision des choses s’est avérée unique et précieuse. Sa Majesté a joué un rôle important dans l’histoire du Canada, et je suis convaincu qu’elle continuera de jouer un rôle important dans nos progrès continus et notre avenir.  

Et c’est de cet avenir, et du rôle du Canada dans notre avenir partagé, que j’aimerais parler aujourd’hui. 

Le Canada a appris à être fort non pas en dépit de nos différences, mais grâce à celles-ci. Désormais, cela sera au cœur même de notre réussite et de ce que nous offrons au monde.

Notre engagement à l’égard de la diversité et de l’inclusion ne se résume pas au fait que les Canadiens sont gentils et polis, même si nous le sommes, bien évidemment. En fait, notre engagement réside dans une approche puissante et ambitieuse pour faire du Canada, et du monde entier, un endroit meilleur et plus sécuritaire.  

Pourquoi la diversité est importante

Ce serait sans doute facile, pour un pays comme le Canada, de prendre cette diversité pour acquise. C’est, en quelque sorte, l’air que nous respirons.

De génération en génération, nos enfants ont grandi sans se poser de questions en entendant parler cinq ou six langues différentes lorsqu’ils jouaient au parc.

Puisque nous sommes en 2015, des gens du monde entier remarquent la diversité de notre cabinet et de notre parlement. Toutefois, la diversité de notre pays ne date pas d’hier.   

Un député que je connais m’a raconté une histoire qui résume cela à la perfection. Il participait à un programme d’échanges parlementaires à Paris. Des représentants élus de partout dans le monde étaient présents. On lui a demandé à quoi « ressemblait » le Canada.  

Il était accompagné de quatre autres collègues, dont aucun n’était né au Canada sauf lui. Parmi eux, trois étaient des femmes et deux étaient des hommes. Deux étaient catholiques, un était musulman ismaélien, un était juif et ses parents étaient des survivants de l’holocauste et un autre était un ministre protestant gai. L’un d’eux était né en France, un autre au Portugal. Un autre était né en Argentine. Un autre en Tanzanie.

Il a pointé ses collègues et a dit : « À cela. C’est à cela que le Canada ressemble. »

Un cinquième des Canadiens sont nés ailleurs dans le monde et ont choisi d’immigrer au Canada. Dans notre plus grande ville, plus de la moitié sont nés à l’étranger. 

Compte tenu de ce portrait, l’importance de la diversité peut parfois être tenue pour acquise. Mais il ne fait aucun doute que nous sommes un meilleur pays – un pays plus fort et plus prospère – en raison de cela.

Il suffit d’écouter les mots que les gens utilisent pour décrire le Canada : nous sommes ouverts, nous prônons l’acceptation, nous sommes progressistes et prospères. Il y a un lien direct à faire entre chacune de ces caractéristiques et la réussite du Canada dans l’édification d’une société plus diversifiée et plus inclusive. 

Nous ne sommes pas la seule nation qui a essayé de le faire. 

Mais ce qui a fait la réussite du Canada, c’est que nous avons compris que notre diversité n’est pas un obstacle à surmonter ou une difficulté à tolérer.

C’est plutôt un moyen incroyable de gagner en force.

Les Canadiens comprennent que notre force, c’est la diversité. Nous savons que le Canada a connu une réussite – sur les plans culturel, politique et économique – en raison de notre diversité et non pas en dépit de celle-ci.

Nous ne célébrons pas cette réussite assez souvent, et cela est typiquement canadien.

Mais je dirais que maintenant, plus que jamais, le monde a besoin que nous le fassions.

À la suite d’horribles événements comme les attaques récentes à Paris, nous devons rappeler au monde entier que la paix est possible,  et que chaque fois, l’espoir continuera à vaincre la peur. Et alors que nous renouvelons notre volonté de travailler avec la communauté internationale pour aider à prévenir de telles attaques, et tandis que nous réaffirmons notre participation résolue à la coalition contre l’EIIL, nous renouvelons également notre volonté de collaborer à bâtir un monde dans lequel la diversité et la différence sont promues et célébrées.

Nous savons que la paix est possible et que l’espoir est toujours plus fort que la peur.

Comment et pourquoi le Canada réussit au chapitre de la diversité 

L’histoire du Canada prouve que la diversité et l’inclusion fonctionnent. Elles ne fonctionnent pas simplement en tant que valeurs idéalistes : elles représentant le chemin vers la paix et la prospérité.     

Ça n’a pas toujours été facile. Le chemin a parfois été cahoteux.   

Nous devons être conscients que pour les peuples autochtones, la réalité canadienne n’a pas été – et n’est pas aujourd’hui – facile, équitable et juste.

Nous devons reconnaître que notre histoire a eu ses moments plus sombres : la taxe d’entrée imposée aux Chinois, l’internement de Canadiens d’origine ukrainienne, japonaise et italienne pendant la première et la deuxième guerres mondiales, notre refus d’accueillir des bateaux de réfugiés juifs ou panjabis, notre propre histoire d’esclavagisme.

Les Canadiens repensent à ces transgressions avec des regrets et de la honte – et ils ont bien raison.  

Notre histoire est cependant remplie de moments positifs.

Le chemin de fer clandestin. La Charte des droits et libertés. La Loi sur le multiculturalisme. La Loi sur les langues officielles. L’accueil des musulmans ismaéliens. La liberté qu’ont les Juifs, les sikhs, les hindous et les évangélistes de pratiquer leur religion.

Ces changements positifs ne pourront jamais corriger les erreurs du passé. Mais ils peuvent servir à nous rappeler, comme l’a si bien dit Martin Luther King Jr, que « l'arc de l'univers moral est long, mais il tend toujours vers la justice ».

Comme bien d’autres nations, le Canada est en constant débat entre ceux qui souhaitent que nous formions un bloc restreint et que nous construisions des murs et les autres qui nous rappellent que nous sommes précisément qui nous sommes en raison de notre ouverture, de notre diversité et de notre capacité d’inclusion. 

La dernière campagne électorale en est un bon exemple. Elle visait à déterminer, en partie, si les Canadiens croient encore en ces valeurs. De nombreuses personnes avaient des doutes. 

Mais laissez-moi vous dire une chose. Je suis aujourd’hui le premier ministre du Canada parce que les Canadiens ont rejeté les forces qui nous auraient divisés.

Nous n’avons toutefois pas besoin d’une élection nationale pour voir en action l’engagement du Canada à l’égard de la diversité. 

Nous le voyons dans nos communautés chaque jour.

Certains se permettent d’être rongés par la colère et l’indignation, mais, comme société, nous savons qu’au bout du compte nous réussirons en gardant la tête froide et le cœur chaud.

Lorsque certains veulent menacer ceux et celles qui ont une apparence, des vêtements ou une religion différents, de nombreux autres se dressent et disent « Non. Pas ici. Pas dans notre communauté, pas à nos voisins ».

Chaque fois, lorsque le spectre hideux de l’intolérance surgit, les Canadiens se soulèvent pour le rejeter. Nous prouvons alors de façon claire et résolue que nous valons plus que cela.  

J’aimerais vous faire part de quelques exemples très récents.

Le lendemain des attentats de Paris, une mosquée a été incendiée à Peterborough, en Ontario. On soupçonne un crime haineux. En réaction, la communauté s’est ralliée et a recueilli plus de 110 000 $ en deux jours pour aider la communauté musulmane à reconstruire l’immeuble. Unis dans la foi, des membres de communautés chrétiennes et juives locales ont ouvert leurs portes, littéralement, pour offrir un lieu de prière à leurs voisins musulmans.

Voilà les valeurs canadiennes.

À Kitchener, en Ontario, un temple hindou a été vandalisé – ses fenêtres ont été cassées par des cailloux – pendant que le prêtre en chef de la congrégation prenait part à une vigile à la mémoire des victimes des attentats de Paris. Un groupe musulman de la région de Toronto a alors commencé à recueillir des dons pour aider à réparer les dommages.

Voilà les valeurs canadiennes.

L’importance d’une classe moyenne vigoureuse

Ces valeurs, aussi importantes soient-elles, ne peuvent exister dans l’isolement. Il est essentiel de les soutenir au moyen de politiques économiques profitables pour les Canadiens.

L’économie du Canada repose sur la vigueur et la croissance de la classe moyenne. Il en a toujours été ainsi.

Au cours du siècle dernier, la classe moyenne du Canada, optimiste et en pleine expansion, a su créer une collectivité au grand cœur et à l’esprit ouvert. Ensemble, ces vaillants travailleurs canadiens ont bâti un pays meilleur, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs enfants et pour autrui.

En demeurant fermement concentrés sur la classe moyenne et sur ceux et celles qui travaillent fort pour s’y intégrer, nous pouvons générer une croissance économique réelle qui sera profitable pour tous. 

Cet objectif est valable en soi, mais il est également important parce que nous savons qu’un pays diversifié ne peut fonctionner sans cela.

Lorsque les possibilités sont limitées, lorsque les gens ne croient pas qu’ils ont une chance réelle et équitable de réussir, la peur commence à l’emporter sur l’espoir. Les tensions financières se manifestent de diverses façons. La peur de ceux qui sont différents de nous et la méfiance envers eux est l’une de ses formes les plus courantes et les plus dangereuses.

Autrement dit, l’expansion de la classe moyenne est bien davantage qu’une nécessité économique – il s’agit d’un élément central de notre unité en tant que nation.

Elle crée chez les gens ce sentiment d’être utile, qui est si difficile à décrire, mais si profondément ressenti. Le sentiment que nous faisons partie d’un tout. La conviction que, peu importe d’où nous venons, nous sommes unis non seulement dans nos difficultés, mais également dans nos rêves.

C’est la classe moyenne qui nous unit, et ce sont nos communautés diversifiées qui assurent la poursuite de notre croissance économique. Les deux sont nécessaires à notre réussite.

Le rôle du Canada dans le monde

Offrir un plus grand soutien à la classe moyenne est un objectif important à l’échelle nationale, mais le Canada doit également jouer un rôle crucial en vue de faire profiter le monde de sa réussite.

À mesure que nous avançons dans le 21e siècle et que les tendances économiques et environnementales semblent faire de la migration entre les États la « nouvelle norme », de plus en plus de pays se trouveront devant des difficultés auxquelles le Canada a dû faire face il y a longtemps.

Il y a une chose que nous avons bien faite au Canada. Pas parfaitement, mais bien. Il s’agit de l’établissement de l’équilibre entre la liberté individuelle et l’identité collective. 

Nous savons que les gens se définissent, en grande partie, dans leurs relations avec les autres. Nos origines culturelles, notre genre, nos croyances religieuses, notre orientation sexuelle.

Cependant, nous croyons aussi que tous ces rapports avec les autres trouvent leur source profonde et concrète dans les êtres humains, en chair et en os.

Nous élargissons la liberté culturelle en veillant à ce que chaque Canadien issu de ces communautés diversifiées ait la liberté de vivre, d’exprimer, de développer et de transformer sa culture.

Nous refusons de mettre en contradiction la liberté individuelle et l’identité collective. En fait, nous avons bâti une société où ces deux éléments s’épanouissent et se renforcent l’un et l’autre.

À l’origine, il s’agissait d’un acte de foi et d’une idée très nouvelle. Au fil du temps, nous avons appris à faire confiance au fait que, peu importe leur culture d’origine, plus les gens entrent en contact avec la vaste diversité de notre pays, plus ils deviennent Canadiens.

Là où la répression existait, elle serait mise en échec par la possibilité, plus attirante, d’atteindre la liberté au Canada. Là où se trouvait l’isolement, celui-ci serait brisé grâce à l’ouverture et à l’inclusion.

Cette idée était peut-être au départ un acte de foi, mais elle est devenue une caractéristique déterminante de notre pays, notre plus grande réussite et, possiblement, la plus grande contribution que nous ayons apportée au monde.

Nous avons prouvé qu’il est possible de bâtir un pays – un pays incroyablement prospère – en se fondant sur le principe du respect mutuel.

Fidèlement à cette caractéristique toute canadienne, nous ne célébrons pas assez souvent cette réussite. Mais le monde a besoin que nous le fassions. Particulièrement aujourd’hui.

L’un des problèmes mondiaux les plus graves et les plus urgents consiste à trouver la façon de créer des sociétés où des gens de différentes cultures peuvent vivre ensemble et définir un terrain d’entente. Et, collectivement, nous faisons face à l’influx de réfugiés qui fuient un conflit violent. 

Hier, notre gouvernement a présenté un plan selon lequel 25 000 réfugiés syriens seront autorisés à se réinstaller d’ici la fin de l’année et arriveront au Canada à l’intérieur de quelques mois.

Ce n’est pas la première fois que nous le faisons. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, pendant le mandat du premier ministre Joe Clark, le Canada a assuré la réinstallation de près de 60 000 réfugiés venus du Vietnam, du Cambodge et du Laos.

Nous l’avons déjà fait et nous le ferons encore, parce que nous savons qu’assurer la réinstallation de réfugiés équivaut en fait à accueillir de nouveaux Canadiens.

Plus encore, le Canada peut aussi exporter les idées et les institutions grâce auxquelles la diversité fonctionne si efficacement chez nous.

Nous savons gouverner de manière inclusive, transparente, respectueuse et efficace. Nous pouvons transmettre ce savoir-faire à d’autres pays et à leurs citoyens.

Nous savons travailler en collaboration avec nos alliés en vue de combattre le terrorisme, et nous savons être un partenaire efficace dans le cadre d’opérations internationales de maintien de la paix. Nous pouvons contribuer davantage à ces efforts internationaux, et nous avons pris l’engagement de le faire.

En outre, nous savons mettre en application ce que M. Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, nous a appelés à faire en 2013, soit d’« apprendre les uns des autres, et faire de nos différentes traditions et cultures une source d’harmonie et de force, et non de discorde et de faiblesse. » 

Nous avons le devoir – face à nous-mêmes et face au monde – de montrer que la diversité inclusive est une force capable de vaincre l’intolérance, le radicalisme et la haine.

Le succès du Canada comme nation de diversité et d’inclusion n’est pas arrivé par accident et il ne se poursuivra pas sans effort.

Même si notre avenir est optimiste, cet optimisme n’est pas pour autant garanti. Notre avenir dépendra des choix que nous faisons aujourd’hui.

Compassion, acceptation et confiance; diversité et inclusion. C’est grâce à ces qualités que le Canada est fort et libre. Pas seulement en principe mais en pratique.

Ceux qui profitent des nombreux avantages de la diversité qui existe au Canada se doivent d’être de solides et fermes garants de ses qualités.

Ne fermons pas nos cœurs à ceux qui ont besoin de nous, ni nos esprits au fait qu’il est toujours possible de faire mieux.

Après tout, nous sommes des Canadiens.

Montrons-nous sous notre meilleur jour au monde entier. 

Merci.