Prime Minister Justin Trudeau rises in the House of Commons to apologise on behalf of the Canadian Government for the Komagata Maru incident.

Ottawa (Ontario) - 18 mai 2016

LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI

Monsieur le Président, j’aimerais commencer par souligner le travail accompli par plusieurs de mes collègues.

Pour ce qui est de mon propre caucus, j’aimerais remercier les députés de Surrey-Newton et de Winnipeg-Nord pour leur plaidoyer inlassable. Depuis des années, ils réclament les excuses du gouvernement canadien, comme nous le ferons aujourd’hui. Je les remercie pour leur engagement à l’égard de cette cause.

Pour ce qui est de l’opposition, les députés de Calgary-Heritage, de Calgary-Midnapore et l’ancien député de Surrey-Nord méritent une mention spéciale. Cette reconnaissance leur est due pour le travail qu’ils ont fait afin d’obtenir résolution au nom des victimes et de leurs familles.

Nous devons aussi reconnaître les nombreuses organisations qui ont fait de même, notamment, la Professor Mohan Singh Memorial Foundation.

Monsieur le Président, je m’adresse aujourd’hui à la Chambre pour offrir des excuses, au nom du gouvernement du Canada, pour notre rôle dans l’incident du Komagata Maru.

Il y a plus d’un siècle, une grande injustice a eu lieu.

Le 23 mai 1914, un navire à vapeur est entré dans la baie Burrard à Vancouver. 376 passagers d’origine sikhe, musulmane ou hindoue étaient à son bord.

Ces passagers, comme l’ont fait des millions d’immigrants au Canada depuis, étaient venus dans l’espoir d’une vie meilleure pour leur famille. De meilleures opportunités. Une occasion d’apporter leur contribution à leur nouvelle patrie.

Ces passagers avaient choisi le Canada. Mais à leur arrivée, ils ont été rejetés.

Ils ont été rejetés parce qu’à l’époque, le Gouvernement du Canada a fait adopter une loi sur le passage sans escale. Selon cette loi, seuls les passagers ayant fait un voyage sans interruption étaient autorisés à débarquer au Canada.

Cette mesure aurait empêché les immigrants en provenance de pays lointains comme l’Inde d’entrer au Canada, parce qu’à l’époque, c’était impossible de parcourir une telle distance sans faire un arrêt en chemin.

Quand le Komagata Maru est arrivé au Canada, seuls quelques passagers ont été autorisés à descendre. Et en vertu de cette loi, le bateau et ceux qui étaient à bord ont été forcés de faire demi-tour.

Des membres de la communauté locale sikhe ont essayé de convaincre les autorités de revenir sur leur décision, mais ceux-ci sont restés fermes.

Le 23 juillet 1914, deux mois après l’incident, le Komagata Maru et ses passagers ont été escortés hors du port par l’armée canadienne. Ils ont été forcés de retourner en Inde, où 19 passagers ont été tués et plusieurs autres, emprisonnés.

Monsieur le Président, le Canada n’est pas le seul à porter le blâme pour les tragiques erreurs qui se sont produites à l’égard du Komagata Maru et de ses passagers.

Mais le Canada était, sans aucun doute, responsable des lois qui ont empêché ces passagers d’immigrer en paix et en sécurité.

Pour cela, et pour toutes les conséquences entrainées par ces gestes, nous sommes désolés et nous offrons nos plus sincères excuses.

Je présente mes excuses, d’abord et avant tout, aux victimes de l’incident.

Aucune parole ne saura effacer la douleur et la souffrance qui les ont affligés. Malheureusement, le temps écoulé fait en sorte qu’aucun d’entre eux n’est avec nous aujourd’hui pour entendre nos excuses.

Nous offrons tout de même nos excuses les plus sincères. 

Pour notre indifférence face à votre triste sort. 

Pour ne pas avoir reconnu tout ce que vous aviez à offrir. 

Pour les lois discriminatoires à votre égard, qui étaient insensées.

Et pour ne pas vous avoir présenté des excuses officielles plus tôt.

Pour tout cela, nous vous présentons nos excuses les plus sincères.

Je souhaite aussi présenter des excuses aux descendants des passagers du Komagata Maru, y compris ceux qui sont ici avec nous aujourd’hui. 

Nous ne saurons jamais ce qu’auraient été vos vies si vos familles avaient été accueillies au Canada. 

À quel point vos vies auraient été différentes.

Vos vies auraient enrichi le Canada. 

Mais malheureusement, ces possibilités ne verront jamais le jour. 

C’est pourquoi nous vous présentons nos excuses.

Alors que nous nous excusons pour les moments sobres de notre histoire, nous devons aussi réaffirmer notre engagement à agir de manière positive, à apprendre des erreurs du passé et à faire tout en notre pouvoir pour ne jamais les répéter. 

C’est la promesse unique et le potentiel du Canada.

Nous croyons que chaque personne mérite une vraie chance de réussir. Peu importe qui ils sont, peu importe d’où ils viennent. Chaque jour, la communauté canadienne d’Asie du Sud est un exemple de cette réussite.

Nous croyons que la diversité est une force. Que nous sommes forts non pas en dépit de nos différences, mais bien grâce à celles-ci !

Et nous croyons aux valeurs qui figurent dans notre Chartre des droits et libertés, incluant le multiculturalisme. Notre gouvernement veillera à ce que ces valeurs demeurent toujours les nôtres.

Monsieur le Président, avant de terminer, j’aimerais mentionner un autre député qui a contribué à attirer l’attention nationale sur l’incident du Komagata Maru, le ministre de la Défense nationale.

Avant d’entrer en politique, le ministre était commandant du British Columbia Regiment (Duke of Connaught’s Own), le régiment même qui avait expulsé le Komagata Maru.

Il y a un siècle, la famille du ministre aurait bien pu avoir été refusée au Canada. Aujourd’hui, le ministre est assis ici avec nous, dans cette Chambre.

Dans une Chambre où siègent des immigrants. Où siègent des filles et des fils, des petites-filles et des petits-fils, d’immigrants.

La composition même de cette Chambre devrait nous rappeler à tous que, lorsque nous avons le choix d’ouvrir nos bras à ceux qui en ont besoin ou de leur fermer nos cœurs, nous devons toujours choisir l’option empreinte de compassion.

Lorsque nous sommes témoins d’une injustice, nous devons la dénoncer et chercher à la corriger.

Lorsque nous commettons des erreurs, nous devons présenter des excuses et nous engager à faire mieux.

Monsieur le Président, le Canada est un pays qui n’a pas son pareil. Nous sommes privilégiés d’y être chez nous.

Cherchons toujours à faire mieux et à être meilleurs.

Agissons ainsi pour rendre hommage aux victimes de l’incident du Komagata Maru et à tous ceux qui laissent derrière eux famille et objets familiers pour venir au Canada et ainsi apporter ce qu’ils ont de mieux à offrir.

Merci.